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Entretien avec SUN Shuzhong, ambassadeur de Chine au Maroc
Le Maroc peut jouer un rôle important dans le renforcement des relations entre la Chine et l'Afrique
2014/06/30

Le Maroc et la Chine sont appelés à explorer ensemble le marché africain qui regorge de potentialités économiques. C'est ce que tient à souligner l'ambassadeur de Chine à Rabat Sun Shuzhong dans un entretien accordé au Matin. Le diplomate chinois estime que le Royaume est un pont vers le continent noir compte tenu non seulement de sa position géographique, mais également de ses liens ancestraux avec les pays africains. Outre la coopération tripartite, Sun Shuzhong s'exprime également sur le partenariat bilatéral maroco-chinois sur les plans économique, commercial et financier. 

Le Matin : Quelles sont vos attentes du Forum d'investissement sino-africain organisé à Rabat ces 24 et 25 juin ?

Il s'agit d'un évènement important non seulement pour le Maroc et la Chine, mais aussi pour les pays africains. Il s'agit d'un modèle de coopération tripartite. Le Maroc est doté d'une position géographique stratégique. Il peut ainsi jouer un grand rôle dans le renforcement de la coopération entre la Chine et l'Afrique.

L'année dernière, durant sa visite en Afrique, le Président chinois XI Jinping a souligné les quatre principes pour l'approfondissement de la coopération sinoafricaine, à savoir la sincérité, le pragmatisme, l'amitié et l'honnêteté. Et pendant la visite du Premier ministre chinois Li Keqiang en Afrique au mois de mai dernier, il a suggéré que la Chine et les pays africains renforcent conjointement leur collaboration dans six domaines, à savoir l'industrie, la finance, la réduction de la pauvreté, la protection de l'environnement, les échanges humains, la paix et la sécurité. Le secteur des infrastructures est considéré comme un propulseur économique. La Chine est, ainsi, prête à utiliser ses avantages techniques, ses capitaux et son expérience pour fournir le soutien financier et technique pour la construction des réseaux de transport en Afrique. Les deux parties sont aujourd'hui dans une situation favorable. L'économie chinoise a connu une croissance rapide durant ces dernières années. En 2013, le PIB chinois a atteint plus de 9.000 milliards USD, soit une croissance de 7,7%. Cette année, il maintient une croissance de 7,4% pendant le premier trimestre. Quant à l'Afrique, c'est le continent le plus actif et le plus vigoureux du monde. Il a réalisé une croissance à deux chiffres depuis le début de ce siècle, et a dépassé les défis de la crise mondiale. Le PIB total de l'Afrique a dépassé 2.000 milliards USD en 2013. Ainsi, la coopération entre la Chine et l'Afrique a une base solide et une perspective prometteuse.  

En quoi le Maroc peut-il être utile à la Chine pour réaliser ses objectifs économiques en Afrique ?

Le Maroc en tant que pays arabe et africain pourrait jouer un rôle important. Le Royaume a des liens culturels très forts et des relations traditionnelles avec les pays africains. Dans ce cadre-là, le Maroc et la Chine pourront travailler main dans la main afin d'élaborer une nouvelle vision pour l'Afrique. La Chine dispose des capitaux, des technologies et de l'expérience et le Maroc est doté d'une bonne position géographique et a déjà expérimenté le marché africain. Le Maroc et la Chine peuvent, ainsi, travailler ensemble sur le marché africain qui représente l'avenir sur le plan économique.

Quel regard portez-vous sur la coopération financière bilatérale ?

Ces dernières années, la coopération financière entre les deux pays s'est développée avec vigueur. La Chine, qui possède les fonds et la volonté, a bien l'intention d'approfondir la coopération financière avec la partie marocaine. Les organismes financiers marocains, tels que BMCE Bank et Attijariwafa bank, ont déjà installé leurs bureaux en Chine, et ont lancé des coopérations diversifiées à travers des échanges de visites et la signature de mémorandums. Le Forum d'investissement sino-africain se tient à l'initiative de BMCE Bank. Je tiens à remercier BMCE Bank pour l'attention prêtée à la coopération financière sino-marocaine et je souhaite que ce Forum soit couronné de succès. J'espère, en même temps, que les banques marocaines offrent un meilleur environnement de financement et plus de mesures préférentielles aux investisseurs chinois, afin qu'ils puissent en bénéficier pour élargir la dimension de l'investissement au Maroc. 

Les relations économiques et commerciales bilatérales sont encore en deçà des aspirations. Comment peut-on les booster ?

Les échanges commerciaux entre la Chine et le Maroc remontent loin dans l'histoire. Les boites de thé étaient transportées pièce par pièce par l'ancienne route de la soie maritime d'un côté du continent Euro-Asie à l'autre, puis embarquées à Essaouira pour parvenir aux familles marocaines. Aujourd'hui, le commerce bilatéral a réalisé une croissance rapide. Le volume commercial bilatéral se chiffre à 29,216 milliards de dirhams en 2013. Les exportations marocaines vers la Chine se sont établies à 2,9 milliards de dirhams, soit une augmentation de 20,9% par rapport à l'année précédente. Les entreprises chinoises participent activement au développement économique et social marocain. Environ 20 sociétés chinoises sont, en effet, implantées au Maroc et actives dans la construction de routes et de ponts, dans les télécommunications, etc.

Néanmoins, il y a lieu de signaler que la coopération économique n'est pas encore à l'image des relations politiques et diplomatiques qui ont été établies entre les deux pays en 1958. Il reste encore des efforts à déployer pour renforcer la compréhension mutuelle et l'échange humain. En Afrique, le Maroc arrive au deuxième rang en termes de flux touristique. Mais, les touristes chinois représentent une partie infime dans les statistiques. La promotion des voyages touristiques est nécessaire, car ils permettent de découvrir le pays et aussi les opportunités d'investissement. Du côté du Maroc, il faut simplifier quelques règles administratives comme l'octroi des visas pour attirer les touristes chinois. L'environnement des affaires doit être aussi amélioré.

Les investissements chinois au Maroc demeurent égale-ment en deçà des aspirations. Quels obstacles rencontrent les investisseurs chinois au Maroc ?

Le premier obstacle a trait à la difficulté de comprendre les lois, les règles et la civi-lisation marocaines. Aussi, la peur d'inves-tir au Maroc est-elle toujours présente, car l'environnement n'est pas très connu par les Chinois.

Les problèmes concer-nent aussi le volet ad-ministratif. À titre d'exemple, l'oc-troi du permis de séjour nécessite beaucoup de temps. Le coû de production est un autre élément qui est pris en considération par les investisseurs. En Chine, le SMIG varie selon les régions. Au centre de Shanghai qui est une région très développée, il est de 2.200 DH, soit pratiquement le SMIG maro-cain. Mais dans d'autres régions, il est de 1.800 DH.

Je pense que les investisseurs chinois sont appelés à ne pas cal-culer seulement le coû de produc-tion, mais plutô le coû général y compris celui de la main d'oeuvre et du transport. Il faut avoir une vision plus large en utilisant le réseau de libre échange du Maroc.

On peut créer des joint-ventures pour renforcer notre com-pétitivité. En outre, il faut prendre en compte la situation politique et sociale au Maroc qui est favorable aux investisseurs étrangers.

La Chine a proposé la signa-ture d'un accord de libre-échange avec le Maroc. Quels en sont les objectifs ?

Il est important de bien étudier les échanges entre les deux pays. Plus de la moitié des échanges commer-ciaux est constituée de produits in-termédiaires destinés à la transfor-mation industrielle. Si on supprime les taxes douanières, la capacité de concurrence des produits fabriqués au Maroc sera renforcée. Les deux parties pourront ainsi tirer profit de l'instauration d'un accord de libre-échange.

La logistique entre les deux pays est un élément clé pour renforcer la coopération bi-latérale. Quelles sont les ac-tions à mener pour rapprocher les distances ?
Les deux parties envisagent de mettre en place une ligne aé-rienne directe entre les deux pays à la fin de cette année ou en 2015. Au niveau maritime, il y a lieu de construire des ports avec des ti-rants d'eau capables d'accueillir de grands bateaux chinois. La Chine peut accompagner le Maroc à ce niveau-là.

Quelles sont les perspectives de développement de la coo-pération bilatérale ?

La position géographique du Maroc est stratégique. De grandes potentialités sont à explorer dans les domaines du tourisme, des fi-nances, des énergies renouvelables et des infrastructures. Durant la 6e Conférence ministérielle du Forum de la coopération sino-arabe qui a eu lieu le 5 juin à Beijing, le Pré-sident chinois XI Jinping a souli-gné les objectifs de l'initiative de la construction de «a Ceinture éco-nomique de la nouvelle Route de la Soie»et «a Route de la Soie mari-time du 21e siècle» Selon le projet, on va augmenter les volumes du commerce entre la Chine et les pays arabes de 240 milliards USD à 600 milliards USD dans 10 ans et multiplier les investissements non financiers de la Chine vers les pays arabes de 10 milliards USD à plus de 60 milliards USD en 10 ans également. Ce gigantesque projet nécessite de déployer des efforts des deux côés. Le Maroc est un pays arabe important et se situe au pôe Ouest de la Route de la Soie. J'espère que la Chine et le Maroc travailleront ensemble, en saisis-sant cette opportunité historique afin de construire conjointement cette «einture»et cette «oute» pour renforcer les relations entre nos deux pays et leur octroyer une nouvelle dynamique.

Quid de la situation des com-merçants chinois au Maroc ?
Les commerçnts chinois sont concentrés à Casablanca. Aupa-ravant, ils étaient quelque 2.000 installés au Maroc. Mais, ce chiffre n'est, à l'heure actuelle, que de 200. Il faut dire que les commerçnts marocains sont très forts. Ils ont vite compris le marché chinois. Presque 200 commerçnts marocains se sont installés en Chine pour importer les produits chinois. Ce sont les Marocains qui occupent maintenant le marché intérieur. 
 

 

Source: Le Matin


 

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