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Des relations qui remontent fort loin dans l'histoire
2014/07/02
        Premier Royaume à avoir reconnu la République Populaire de Chine, le Maroc entretient des relations politiques stables avec le pays depuis le 1er novembre 1958. Ces relations se caractérisent par l'absence d'intérêts divergents et ne comportent pas d'enjeux conflictuels.
 
        Les enjeux stratégiques des relations Maroc-Chine sont évidents. L'intérêt pour le Maroc de développer davantage ses relations avec cette puissance en devenir est incontestable. En tout cas, pour le Maroc, ceci relève de la volonté de diversifi-cation des alliances stratégiques avec les puissances émergentes dans les différents continents. D'ailleurs, la plupart des scéna-rii prospectifs prédisent que la Chine serait la première puis-sance économique mondiale à l'horizon 2040.
 
Concertation sur les grands dossiers
        Cependant, il faut souligner qu'en ce qui concerne les rap-ports Maroc-Chine, ceux-ci re-montent fort loin dans l'histoire. Au 8e siècle, sous la dynastie des Tang, il y avait déjà un Chinois, Du Huan, qui avait effectué une visite au Maroc, suivie en 1336 par une autre visite d'un grand voyageur de la dynastie des Ming Wang Dayuan. Des années après, en 1446, le grand voyageur marocain Ibn Battouta est arrivé en Chine et y a séjourné trois ans. De même, le Maroc a servi de passerelle entre la Chine et l'Europe.  
        Des acquis de la civilisation an-cienne chinoise, tels que les mé-thodes de fabrication du papier et de la poudre, ont été introduits en Europe via le Maroc.
        Concernant la consolidation des acquis, le Maroc, premier Royaume à avoir reconnu la Ré-publique populaire de Chine, entretient des relations politiques stables avec ce pays depuis le premier novembre 1958. Au-jourd'hui, les relations bilatérales sont d'égal à égal et favorisent la concertation sur les grands dossiers au sein des différentes instances internationales. Ces relations se caractérisent par l'ab-sence d'intérêts divergents et ne comportent pas d'enjeux conflic-tuels. En témoignent les appuis réciproques des deux pays au sein des institutions internationales et la concordance de leurs points de vue sur certaines questions d'envergure (dossier du Moyen- Orient, réforme de l'ONU, dé-fense de la multipolarité des rela-tions internationales…).
        Ces relations se nourrissent conti-nuellement des visites officielles des Chefs d'États et de hauts res-ponsables relevant des deux pays. En effet, s'agissant de l'évolution des relations bilatérales, les visites de haut niveau effectuées par les Chefs d'État des deux pays (visite royale de février 2002 en Chine, visite du Président de la Répu-blique populaire de Chine au Maroc en avril 2006) ont permis d'impulser et d'élargir le champ de la coopération entre les deux pays à plusieurs domaines impor-tants (emploi, environnement, santé, tourisme, phosphates…).
        Ce qui a contribué à rehaus-ser le niveau des relations entre les deux pays et a ouvert la voie à des visites croisées de déléga-tions appartenant à l'exécutif, au législatif, au secteur privé et académique, à l'administration locale et à la société civile… Les liens d'amitié bénéficient du concours de l'Association d'ami-tié Ibn Batouta créée à Pékin en 1984, et du Groupe d'amitié parlementaire chinois, fondé en 2000, ainsi que l'Association d'amitié et d'échange maroco-chinoise qui a vu le jour à Ca-sablanca le 10 novembre 2012. De la sorte, les relations Maroc- Chine sont très complémentaires. De vastes perspectives de coo-pération existent dont l'exploi-tation en commun favoriserait l'épanouissement des deux pays. Ces relations sont portées par un cadre juridique qui ne cesse de se développer de manière cohérente et comporte actuellement plus de 60 accords dans des domaines variés.
        En effet, la coopération bilatérale maroco-chinoise prend appui sur un cadre juridique étoffé et couvre des secteurs divers et va-riés tels que les finances, la santé, l'agriculture, le sport, la pêche, les travaux publics, la géologie, les mines, les équipements et le tourisme… À cela s'ajoutent les opérations de jumelage, dont notamment celui de Casablan-ca-Shanghai conclu en 1984 (en plus de cinq autres accords de jumelage qui concernent cinq villes marocaines avec cinq villes chinoises). Ces jumelages recè-lent d'importantes opportunités en termes de modernisation ins-titutionnelle qui ne sont pas tota-lement exploitées. Ils nécessitent un suivi permanent et méritent d'être étendus aux autres villes et régions, tout en intégrant une dimension institutionnelle plus importante.
 
Investissements faibles
        C'est un fait, la Chine est deve-nue en l'espace de quelques an-nées, le troisième fournisseur du Maroc. Toutefois, elle n'est que son 18e client. Hormis la parti-cipation des entreprises chinoises aux grands projets d'infrastruc-tures, les investissements de-meurent globalement faibles et ne portent que sur un nombre limité de domaines (télécommu-nications, production des lampes écologiques, pêche…).
        Parallèlement à l'enjeu écono-mique, somme toute important, d'autres enjeux prennent leur im-portance. Il s'agit, entre autres, des enjeux sécuritaires liés aux priorités de la politique étrangère chinoise en Afrique et particuliè-rement au Maghreb, ainsi qu'aux intérêts stratégiques du Royaume au sein des organisations in-ternationales pour lesquelles le soutien chinois est primordial. En matière d'investissement chinois au Maroc, les obser-vateurs estiment que quelques expériences réussies dans le domaine de la pêche (Agadir) et de la construction de mo-tocycles (Marrakech) laissent entrevoir des marges de la pro-gression non négligeables pour peu que ces investissements soient encouragés et opérés dans le cadre de sociétés mixtes. S'agissant des échanges commer-ciaux, il y a lieu de noter que le potentiel du marché chinois est à l'évidence immense. Toutefois, s'y attaquer est contrarié par les limites de l'offre exportable ma-rocaine, notamment en termes de quantités, ainsi que par l'effort réduit en termes de prospection et de promotion commerciale pour identifier les opportunités d'affaires et mettre en relation les entreprises des deux pays. 
        Par ailleurs, la formation des cadres et la coopération tech-nique constituent des vecteurs importants pour intensifier la coopération bilatérale. Au-jourd'hui, le quota alloué aux étudiants chinois dans les uni-versités marocaines et à leurs homologues marocains dans les universités chinoises est très insuffisant pour répondre aux objectifs de renforcement des relations bilatérales, d'autant plus que les effectifs formés des deux côtés pourraient constituer une ressource appréciable pour les entreprises des deux pays. Or l'évolution des relations Ma-roc-Chine rend nécessaire de s'interroger sur la question de l'élargissement des espaces d'in-térêts communs.
        L'une des pistes possibles serait probablement la mise en valeur de la position du Maroc comme hub commercial et financier ré-gional, au carrefour des marchés européen, américain, africain et arabe, qui soit attractif aux entre-prises chinoises.
        De même, il serait judicieux d'explorer les possibilités pour les grandes entreprises marocaines de s'associer à la dynamique conquérante des entreprises chinoises sur le continent africain.
 
Source: Le Matin
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